Lapine : Mais si, tu sais, le film “Machin à la rescousse” !
Lapin : Euh, “Le retour du Jedi” ?
Lapine : Ouais, c’est ça !
Ce soir j’ai envie. Envie.
Envie de mots,
dans l’abrupte volupté
d’un langage emprunté
qui chatouille mon palais
et me fait froisser le bout du nez
dans cette danse envoutante
avec les tonalités, les liaisons, les virgules.
Peut-on mesurer du regard une majuscule ?
Que dire de la provocation
d’un point d’exclamation ?
Comment ne pas être émue par ce décor
capable d’amener la bride
ou d’insuffler une brise torride
dans le mot « encore » ?
Comment ne pas être étonnée
par la beauté de trois points de suspension,
par ce chemin ouvert vers la suite, l’invitation,
par ce parcours dont le début, dont le mirage
s’insinue par trois galets
en file indienne vers un autre rivage.
Rivage imaginaire mais délicieux,
ce sentier lourd des possibilités
qu’ouvrent trois petits points…
Et que me dîtes-vous des parenthèses?
Mettre le lecteur dans la confidence
en emmuraillant les mots
(pour qu’ils ne débordent pas
pour qu’ils ne dégorgent pas
pour qu’ils ne déteignent pas
les uns sur les autres)
Cette fabuleuse astuce
pour ranger les pensées
en continuant plus loin
un autre flot d’idées ?
Ce langage emprunté me dérobe à l’urgence,
de puiser dans ma langue des images détournées
qui me collent à la peau
comme aller « au cinquième poivron »
là où d’autres finissent à « perpète les pins ».
Mais je livre tous les jours
un combat ordinaire pour apprivoiser la voyelle
identifier l’ennemi,
mot inconnu qui se dresse comme un barbelé à l’entendement
et qui d’un coup me démasque
m’obligeant a préciser
que je suis étrangère.
Trahie parfois par une intonation chantante
au détour de la danse mal exécutée d’une liaison
je sens la défaite m’accabler.
Ne plus pouvoir lire l’étonnement
et avoir les compliments
de ceux qui découvrent
que je l’ai contrefaite, leur langue…
Passer inaperçue en me faufilant entre les sons
laisser couler entre mes lèvres
ces mots empruntés
à l’adhérence du chocolat fondant..
Virevolter dans l’intonation
en tapissant mon palais de l’harmonie
qui donne le camouflage…
Et pourtant combien de fois
ce jeu de cache cache
s’est révélé être un gouffre
dont le garde corps s’affaisse
au moment où je me penchais
pour mieux contempler le paysage…
Brisant mon égo en éclats.
Malgré tout,
cette langue empruntée…
Je ne vous la rendrais plus.


